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La science est une croyance comme une autre
L'objectif de cette page
Ces formules surgissent souvent quand on défend une position ou une affirmation.
Comme un réflexe de protection, elles mettent nos convictions à l’abri… mais que valent-elles lorsqu’on les confronte réellement aux faits ?
Lüma te les fait découvrir à travers des dialogues ludiques. Déroule-en quelques-uns… tu pourrais t’y reconnaître.
Réflexes "SCIENCE & PREUVES"
Faire appel à la science, est-ce un biais ?
Concepts clés :
Méthode scientifique : Démarche qui confronte les hypothèses aux observations, aux mesures et aux tests, afin de les confirmer, les corriger ou les abandonner.
Reproductibilité : Possibilité pour d’autres chercheurs d’obtenir des résultats comparables en répétant une expérience ou une mesure.
Scientisme : Idée selon laquelle la science pourrait répondre à toutes les questions ou suffirait à trancher tous les sujets, y compris ceux qui dépassent son domaine.
Quand les scientifiques ne savent pas, ils disent que c’est le hasard
Concepts clés :
Généralisation abusive : Affirmer que « les scientifiques répondent toujours par le hasard » demande d’abord de montrer que ce comportement est réellement général.
Incertitude scientifique : La science n’a pas l’obligation de fournir une réponse à chaque question. « On ne sait pas » ou « les données sont insuffisantes » sont des réponses légitimes.
Hasard : Un résultat peut être jugé compatible avec ce qu’on attendrait de variations aléatoires. Cette conclusion doit être étayée, pas simplement invoquée pour combler un manque d’explication.
Suspension du jugement : Quand les preuves ne permettent pas de choisir entre plusieurs explications, ne pas trancher est parfois la conclusion la plus rigoureuse.
C’est prouvé scientifiquement
Preuve scientifique : Résultat suffisamment solide pour étayer une affirmation, obtenu avec des méthodes rigoureuses et confirmé par d’autres données.
Qualité méthodologique : Solidité d’une étude au regard de son protocole, de ses biais possibles et de la façon dont les résultats sont obtenus.
Consensus scientifique : Accord majoritaire des spécialistes qui émerge de l’ensemble des données disponibles, et qui peut évoluer avec de nouvelles preuves.
La science est une croyance comme une autre
Science ≠ scientisme : La science est une démarche fondée sur l’observation et le test. Le scientisme est l’idée qu’elle pourrait répondre à toutes les questions.
Réfutabilité : Une affirmation doit pouvoir être mise à l’épreuve et éventuellement contredite. Si rien ne peut jamais la remettre en cause, elle n’est plus vraiment testable.
Fausse équivalence : Mettre sur le même plan deux choses qui ne reposent pas sur les mêmes critères ou le même niveau de preuve.
On n’a pas la preuve maintenant, mais on l’aura plus tard
Les énergies vitales : l’argument revient souvent à dire : « on ne sait pas encore les mesurer, mais on les découvrira un jour ». Le problème, c’est qu’aujourd’hui rien ne vient réellement soutenir cette idée : ces « fluides » n’ont pas été mis en évidence, restent indétectables et n’apportent pas d’explication nécessaire au fonctionnement du corps. Imaginer qu’une preuve apparaîtra plus tard ne constitue pas une preuve aujourd’hui.
Un décryptage existe à ce sujet :
Accéder au décryptage « Corps et énergie: analyse d’une publication type sur les réseaux sociaux »
Argument irréfutable : Affirmation formulée de telle sorte qu’aucun résultat ne puisse la contredire. Elle échappe alors au test et ne peut être évaluée scientifiquement. Karl Popper a formalisé ce critère de réfutabilité au XXᵉ siècle. Il reste aujourd’hui un repère important pour distinguer une hypothèse testable d’une affirmation qui échappe à toute réfutation.
Appel à l’ignorance : Considérer une idée comme vraie parce qu’elle n’a pas été démontrée fausse. « On le prouvera plus tard » en est une forme.
On ne peut pas prouver que ça n’existe pas
Le dragon dans le garage : Expérience de pensée proposée par l’astronome Carl Sagan dans The Demon-Haunted World: Science as a Candle in the Dark, publié en 1995. Carl Sagan s’en sert pour montrer qu’une affirmation constamment protégée contre tout test devient impossible à distinguer d’une affirmation sans preuve.
La charge de la preuve : C’est à celui qui affirme quelque chose d’en apporter les preuves. Sans preuve suffisante, il est raisonnable de suspendre son jugement
Argument irréfutable : Affirmation formulée de telle sorte qu’aucun résultat ne puisse la contredire. Elle échappe alors au test et ne peut être évaluée scientifiquement. Karl Popper a formalisé ce critère de réfutabilité au XXᵉ siècle. Il reste aujourd’hui un repère important pour distinguer une hypothèse testable d’une affirmation qui échappe à toute réfutation.
Réflexes "ARGUMENTS & SOPHISMES"
Chacun peut croire ce qu’il veut
Liberté de croyance ≠ vérité factuelle : Le droit de croire ce que l’on veut n’implique pas que toutes les croyances décrivent correctement la réalité.
Croyance : Adhésion à une idée qui ne repose pas nécessairement sur des preuves vérifiables.
Connaissance : Information étayée par des preuves, des méthodes rigoureuses et des vérifications indépendantes, susceptible d’être remise en question si de nouvelles données apparaissent.
Soit on y croit, soit on y croit pas
Concepts clés :
Faux dilemme : Présenter seulement deux options comme si elles étaient les seules possibles, alors que d’autres positions existent.
Pour y adhérer, il faut être ouvert d’esprit
Ad hominem : Déplacer la discussion de l’idée vers la personne qui la critique. Ici, le problème n’est plus « l’affirmation est-elle solide ? », mais « es-tu assez ouvert d’esprit ? »
Charge de la preuve : C’est à celui qui avance une affirmation d’apporter des éléments pour la soutenir. Reprocher à l’autre de ne pas y croire ne suffit pas à rendre l’affirmation plus solide.
Réfutabilité : Une affirmation doit pouvoir être mise à l’épreuve et éventuellement contredite. Si rien ne peut jamais la remettre en cause, elle n’est plus vraiment testable.
Chacun sa vérité, après tout
Exemples :
La Terre est plate : invoquer « chacun sa vérité » face à la forme de la Terre revient à mettre sur le même plan une affirmation contredite par de nombreuses observations et une réalité physique établie par des mesures indépendantes des opinions.
Eau chaude / ressenti : deux personnes peuvent percevoir différemment la température de l’eau, mais la valeur mesurée reste la même : le ressenti est subjectif, la température est un fait mesurable.
Relativisme : Position selon laquelle il n’existe pas de vérité objective et où les opinions ou interprétations sont placées sur le même plan que les faits.
Beaucoup de personnes y croient, ça doit être vrai
Appel à la popularité : Considérer une idée comme vraie parce qu’elle est largement partagée.
Conformisme social : Tendance à adopter les opinions ou les comportements d’un groupe, indépendamment des preuves
Les génies étaient incompris et rejetés avant d’avoir raison
Galilée et l’héliocentrisme : Galilée est souvent présenté comme un génie isolé face à une science incapable de reconnaître l’évidence. La réalité est plus complexe. Ses observations soutenaient fortement le copernicianisme, mais elles ne suffisaient pas encore à trancher toutes les questions, et certains de ses arguments étaient erronés. Les débats et les désaccords entre savants étaient donc tout à fait naturels : c’est aussi ainsi que la science progresse. En revanche, Galilée a bien été condamné par l’Église, notamment parce que l’héliocentrisme entrait en conflit avec l’interprétation de certains passages de la Bible. Son histoire ne montre donc pas que « celui qui est rejeté finit par avoir raison », mais qu’une idée s’impose lorsque les preuves deviennent suffisamment solides.
Alfred Wegener et la dérive de continents: Wegener avait rassemblé de nombreux indices en faveur du déplacement des continents, mais il ne disposait pas d’un mécanisme physique convaincant pour expliquer ce mouvement. Les objections portaient donc sur un vrai problème scientifique, pas simplement sur le refus d’une idée nouvelle. À partir des années 1950-1960, de nouvelles observations sur les fonds océaniques, le paléomagnétisme et l’expansion océanique ont apporté les éléments qui manquaient. La dérive des continents s’est alors intégrée dans un modèle beaucoup plus solide : la tectonique des plaques.
Einstein : Einstein n’est pas devenu une référence parce qu’il était un génie solitaire incompris. Ses théories ont été discutées, mises à l’épreuve et confrontées aux observations. L’éclipse de 1919 a notamment apporté un résultat compatible avec une prédiction de la relativité générale, même si les débats ont continué ensuite. Ce n’est donc pas l’isolement d’une idée qui fait sa solidité, mais sa capacité à résister aux tests et à accumuler des preuves.
Un spécialiste l’a dit, donc c’est vrai
Appel à l’autorité : Valider une idée uniquement sur le statut de celui qui l’exprime, plutôt que sur les preuves.
Consensus : Accord majoritaire entre spécialistes d’un domaine, fondé sur l’ensemble des données disponibles et susceptible d’évoluer avec de nouvelles preuves.
On fait comme ça depuis toujours
Appel à la tradition : Considérer qu’une idée, une pratique ou une croyance est vraie ou meilleure parce qu’elle est ancienne, traditionnelle ou utilisée depuis longtemps. Son ancienneté renseigne sur son histoire, pas sur sa validité.
La saignée : Ancienne pratique médicale consistant à retirer du sang pour soigner, aujourd’hui abandonnée dans la plupart de ses usages historiques faute d’efficacité et en raison de ses risques.
L’astrologie : Système de croyances reliant les astres aux individus ou aux événements. Longtemps mêlée à l’astronomie, elle s’en est progressivement distinguée avec le développement de prédictions célestes précises et vérifiables, contrairement aux effets attribués aux astres sur nos vies.
C’est naturel, donc c’est bon voire mieux
Exemple 1 : L’aspirine, qui vient de l’écorce du saule qui est toxique à l’état naturel, mais efficace une fois chimiquement maîtrisée. Elle traite la douleur, la fièvre, l’inflammation et fluidifie le sang.
Exemple 2 : La digitaline, issue de la digitale pourpre (plante très toxique), est efficace une fois chimiquement maîtrisée. Elle traite certaines insuffisances cardiaques et troubles du rythme.
Appel à la nature : attribuer des qualités positives à quelque chose parce qu’il est « naturel », sans examiner ses effets réels.
Il y a des dérives partout
Détournement ou whataboutisme :
Répondre à une critique en pointant un problème ailleurs, sans répondre au fond.
Réflexes "EXPÉRIENCE & PRATIQUES"
Ce sont tous des charlatans
Charlatanisme : Tromper volontairement en présentant comme valides des affirmations ou des pratiques que l’on sait trompeuses ou infondées.
Bonne foi ≠ preuve : Être sincère ou convaincu d’aider ne démontre pas que la méthode utilisée fonctionne.
Il y a bon et mauvais praticien
Exemple : des pratiques comme le magnétisme ou la sourcellerie ont été testées avec des protocoles conçus pour mettre leurs affirmations à l’épreuve. Quand le résultat est négatif, répondre « ce n’étaient pas les bons praticiens » rend la pratique impossible à tester : quand ça marche, on y croit ; quand ça échoue, on invalide le test.
Concepts clés :
Présupposé : Idée ou fait accepté comme vrai avant d’avoir été démontré. Ici, on part du principe que la pratique est efficace, puis on explique ses échecs par l’existence de mauvais praticiens.
Hypothèse irréfutable : Hypothèse qu’aucun résultat ne peut réellement contredire, puisque chaque échec peut être expliqué après coup.
J’ai des exemples, donc c’est vrai
Mon collègue est blond et irritant, donc tous les blonds sont irritants !
Tel Président est contre les vélos, alors tous les habitants sont anti-vélos !
Mon oncle a 96 ans, et s’est toujours soigné avec les plantes, donc les remèdes à base de plantes prolongent la vie !
Concepts clés :
Généralisation hâtive ou abusive : Tirer une conclusion générale à partir de quelques cas, sans disposer de données suffisantes.
J’ai fait X et juste après il s’est passé Y : c’est lié
Un exemple classique est celui des cigognes : dans certaines régions, on peut observer que les endroits où il y a davantage de cigognes comptent aussi davantage de naissances. Pourtant, les cigognes ne font évidemment pas naître les bébés. La vraie explication peut être toute simple : les zones les plus peuplées comptent davantage d’habitants, donc davantage de naissances, et peuvent aussi offrir davantage de lieux où les cigognes s’installent. Les deux phénomènes varient donc ensemble parce qu’ils dépendent d’un troisième facteur, pas parce que l’un cause l’autre.
Corrélation illusoire : Percevoir un lien entre deux événements et conclure trop vite que l’un a causé l’autre. C’est le raisonnement appelé post hoc ergo propter hoc : « après cela, donc à cause de cela ». Cette erreur est importante dans l’analyse des phénomènes, car deux événements peuvent se produire ensemble ou se succéder sans que l’un soit la cause de l’autre. Pour établir un lien causal, il faut aller au-delà de la simple coïncidence temporelle ou statistique.
Cette pratique de soins marche pour moi
Anecdote / Témoignage ≠ preuve :
Un cas isolé, aussi pertinent paraît-il, ne permet pas de généraliser.
Effets contextuels :
Effets liés au contexte d’une prise en charge, comme les attentes du patient, la relation avec le praticien ou le cadre, indépendamment de l’effet propre du traitement. Ces effets peuvent réellement influencer la perception des symptômes ou le ressenti.
Effet spécifique :
Effet propre à une méthode, démontré comme supérieur aux autres facteurs
(placebo, contexte, évolution naturelle).
Régression vers la moyenne :
Les symptômes fluctuants ont tendance à s’améliorer naturellement après un pic.
Réflexes "BIAIS & PERCEPTION"
C’est du bon sens, il faut faire confiance à son intuition
Bon sens : Ensemble d’intuitions issues de l’expérience quotidienne. Utile pour agir rapidement, il ne suffit pas à établir des faits ou à comprendre des phénomènes complexes.
Heuristique : Raccourci mental qui permet de juger ou décider rapidement sans analyser toutes les informations. Très utile au quotidien, mais susceptible de produire des erreurs dans certaines situations.
Il y a de plus en plus de … / on ne voit que ça
Exemples :
Je vois ma voiture partout : Depuis que j’ai acheté une voiture de marque Y, j’ai l’impression d’en voir partout. Avant, je n’y prêtais simplement pas attention.
Le monde est plus violent : La violence paraît augmenter parce qu’elle est plus visible et médiatisée. Les données montrent souvent une stabilité ou une baisse sur le long terme. Certaines formes peuvent progresser ponctuellement selon les périodes, sans tendance générale durable à la hausse. Cela n’en minimise ni la gravité ni la nécessité d’agir pour les prévenir.
Les personnes LGBT sont sur-représentées dans les produits culturels : En vérité, ils restent très minoritaires. Leur visibilité a augmenté, parfois concentrée dans certains formats, ce qui peut donner l’illusion d’une sur-représentation.
Ces exemples illustrent un mécanisme de perception, indépendamment de toute position morale ou politique.
Biais de disponibilité : Estimer qu’un événement est fréquent parce que des exemples viennent facilement à l’esprit, plutôt qu’à partir des données.
Regarde, ces données là confirment ce que je dis
Biais de confirmation : Tendance à rechercher et retenir surtout ce qui confirme ce que l’on pense déjà, en minimisant ce qui le contredit.
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