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Abécédaire

L'objectif de cette page

Un abécédaire de repères courts, à lire en un coup d’œil, pour comprendre les mots, biais et notions qui aident à mieux évaluer une affirmation, une preuve ou un raisonnement.

Index : A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z

LÉGENDE : Biais cognitifs — Sophismes — Méthode & esprit critique — Notions scientifiques

A

Appel à l’autorité

Valider une idée uniquement sur le statut de celui qui l’exprime, plutôt que sur les preuves.
À retenir : L’avis d’un expert est un indice sérieux, mais pas une preuve en soit. Il peut se tromper, surtout s’il intervient en dehors de sa spécialité, et ce sont les preuves qui tranchent.

Appel à l’ignorance

Considérer une idée comme vraie uniquement parce qu’elle n’a pas été démontrée fausse, ou inversement.
Exemple : « Personne n’a prouvé que cela n’existe pas » ne constitue pas une preuve que cela existe.

Appel à la nature

Considérer quelque chose comme meilleur parce qu’il est « naturel », ou moins bon parce qu’il ne l’est pas.
À retenir : « Naturel » ou « artificiel » ne suffisent pas à juger : regarde plutôt les effets réels, l’efficacité et les risques.

Appel à la popularité

Considérer une idée comme vraie parce qu’elle est largement partagée, ou fausse parce qu’elle ne l’est pas.
À retenir : Ce n’est pas le nombre de personnes qui y croient qui compte, mais les raisons et les preuves qui soutiennent l’idée.

Appel à la tradition

Considérer qu’une idée ou une pratique est vraie ou meilleure parce qu’elle est ancienne ou traditionnelle.
À retenir : Une pratique ancienne peut être utile, inefficace ou nocive : son ancienneté ne permet pas de décider.

Argument ad hominem

Attaquer la personne qui défend une idée plutôt que ses arguments.
À retenir : Discréditer une personne ne suffit pas à réfuter les données ou les arguments qu’elle présente.

Argument d’incrédulité

Rejeter une idée parce qu’elle paraît difficile à croire, ou en accepter une parce qu’on n’imagine pas d’autre explication, plutôt qu’en examinant les preuves.
À retenir : Ne pas savoir comment expliquer quelque chose ne suffit ni à l’écarter, ni à valider l’explication qui nous vient à l’esprit.

Argument irréfutable

Une idée formulée de façon à rester vraie quoi qu’il arrive, même lorsque les résultats semblent la contredire. Elle devient alors impossible à tester réellement.
À retenir : Demande toi toujours ce qui pourrait montrer que l’idée est fausse. Si la réponse est « rien », il devient difficile de savoir si elle est vraiment fiable.

B

Biais cognitif

Tendance de notre cerveau à traiter certaines informations d’une façon qui peut nous induire en erreur.
À retenir :
Tout le monde a des biais, y compris les experts. Ils peuvent influencer notre jugement sans que nous nous en rendions compte.

Biais de confirmation

Tendance à chercher, retenir ou interpréter les informations d’une façon qui confirme ce que l’on pense déjà, tout en minimisant ce qui va dans l’autre sens.
À retenir : On remarque plus facilement ce qui va dans notre sens. Un bon réflexe consiste à chercher aussi ce qui pourrait nous donner tort.

Biais de disponibilité

Estimer qu’un événement est fréquent parce que des exemples viennent facilement à l’esprit, plutôt qu’à partir des données.
Exemple : Après un accident d’avion très médiatisé, on peut avoir l’impression que prendre l’avion est dangereux. Ce n’est pas parce qu’un événement nous marque qu’il arrive souvent.

Bon sens

Façon de juger à partir de notre expérience quotidienne. Très utile dans les situations courantes, mais moins fiable pour comprendre des phénomènes complexes ou qui dépassent ce que nous rencontrons au quotidien.
À retenir : Ce qui nous paraît évident n’est pas toujours vrai. Par exemple, nous avons l’impression que la Terre est immobile.

C

Charge de la preuve

Principe selon lequel c’est à celui qui affirme quelque chose d’en apporter des preuves suffisantes.
Exemple : Affirmer « X existe » oblige à apporter des éléments en faveur de X, pas à demander aux autres de prouver son inexistence.
À retenir : Cela vaut aussi pour une affirmation négative : dire que quelque chose n’existe pas ou ne fonctionne pas demande aussi des éléments.

Cherry-picking

Sélectionner les données qui soutiennent une idée tout en laissant de côté celles qui la contredisent. Le mot vient de l’idée de “cueillir les cerises” : ne garder que les plus belles.
Exemple : Sur cinquante études consacrées à un remède, n’en citer que trois favorables peut donner une image très trompeuse de ce que montrent réellement les recherches. 

À distinguer du biais de confirmation : le biais de confirmation décrit une tendance de notre esprit. Le cherry-picking décrit ce qu’on fait quand on sélectionne seulement les éléments qui nous arrangent.

Connaissance

Ce qu’on peut considérer comme établi à partir de preuves et de vérifications, tout en restant prêt à le revoir si de nouvelles données apparaissent.
À retenir : Une connaissance n’est pas une certitude absolue. Plus les preuves sont solides et nombreuses, plus on peut lui faire confiance, et moins elle a de chances d’être remise en cause entièrement.

Consensus scientifique

Accord qui se forme chez une très large majorité de spécialistes quand les résultats indépendants vont dans le même sens. Il peut évoluer avec de nouvelles preuves.
À retenir : Il ne repose pas sur un simple vote d’opinion, mais sur la convergence des résultats disponibles.

Corrélation

 Lien observé entre deux phénomènes qui varient ensemble, dans le même sens ou en sens inverse. Cela ne signifie pas forcément que l’un cause l’autre.
À retenir : Deux phénomènes peuvent évoluer ensemble à cause d’un troisième facteur. Par exemple, ventes de glaces et noyades augmentent toutes deux en été : la chaleur explique les deux.

À distinguer de Corrélation illusoire, quand on croit voir un lien qui n’est pas vraiment là, ou qu’on le pense plus fort qu’il ne l’est, et de Confusion corrélation-causalité, quand on prend ce lien pour une preuve de cause.

Corrélation illusoire

Percevoir un lien entre deux événements alors que les données ne montrent pas qu’ils sont réellement associés, ou qu’ils le sont beaucoup moins qu’on ne le pense.
Exemple : On peut avoir l’impression que la pleine lune agite davantage les gens parce qu’on retient surtout les nuits agitées qui tombent un soir de pleine lune, et beaucoup moins les autres.

À distinguer de Corrélation, où le lien apparaît bien dans les données, et de Confusion corrélation-causalité, où le lien existe mais où on lui fait dire plus qu’il ne dit.

Corrélation-causalité : confusion

Conclure que l’un des deux phénomènes cause l’autre simplement parce qu’ils évoluent ensemble.
A retenir : Si deux choses augmentent en même temps, on peut être tenté de conclure que l’une provoque l’autre. Mais elles peuvent simplement dépendre d’un troisième facteur.

À distinguer de Corrélation, qui décrit simplement un lien entre deux phénomènes, et de Corrélation illusoire, où le lien n’est pas établi ou est exagéré.

Croyance

Adhésion à une idée que l’on tient pour vraie. Une croyance peut être fondée ou infondée selon les preuves qui la soutiennent.
À retenir : Dans le langage courant, « croyance » désigne souvent une idée peu étayée. Mais une croyance peut aussi être bien fondée. C’est pourquoi Il paraît que parle d’abord d’affirmations, puis examine leur solidité.
Note : Quand le site emploie le mot « croyance », il désigne une idée qui circule et qu’on examine, sans présumer qu’elle soit fausse.

D

Dissonance cognitive

Malaise ressenti quand une information ou nos propres actes entrent en conflit avec ce qu’on croit. Pour le réduire, on peut changer d’avis, mais aussi minimiser ou écarter ce qui dérange.
À retenir : Un fumeur qui sait que le tabac est dangereux peut se dire « on meurt tous de quelque chose ». C’est une façon de réduire le malaise sans changer son comportement.

Doute raisonné

Ajuster son degré de confiance à ce que montrent les éléments disponibles, sans accepter ni rejeter une idée trop vite.
À retenir : Douter ne veut pas dire tout mettre au même niveau. Plus les preuves sont solides, plus on peut être confiant. Si elles sont insuffisantes, on reste prudent.

Note : Ici, il ne s’agit pas du « doute méthodique » de Descartes, employé dans un sens plus radical.

E

Effet Barnum (ou effet Forer)

Tendance à trouver très personnelle une description assez vague pour convenir en réalité à beaucoup de monde.
Exemple : Un horoscope ou un test de personnalité peut sembler « tomber juste » simplement parce qu’il utilise des phrases générales dans lesquelles beaucoup de personnes peuvent se reconnaître. Illustration avec cette phrase : « Vous aimez être apprécié, mais vous avez parfois besoin d’être seul ».

À retenir : Dans l’expérience de Forer, des étudiants ont jugé très précis un portrait de personnalité… alors qu’ils avaient tous reçu exactement le même.

Effet de halo

Une caractéristique qui nous plaît ou nous déplaît chez une personne peut influencer, sans qu’on s’en rende compte, la façon dont on juge le reste de ses qualités.
Exemple : Une célébrité que l’on apprécie peut nous sembler plus crédible quand elle parle de santé, alors que sa notoriété ne dit rien de ses compétences dans ce domaine. 

Voir aussi : Appel à l’autorité.

Effet idéomoteur

Mouvement involontaire produit par une attente ou une idée, sans que la personne ait conscience de l’avoir provoqué. Le mot vient de l’association entre « idée » et « mouvement ».
Exemple : Un pendule peut sembler « répondre », une baguette de sourcier bouger toute seule ou un verre se déplacer sur une planche Ouija. De petits mouvements inconscients de la main peuvent pourtant suffire à l’expliquer.

Effet propre ou spécifique

Part de l’effet qui vient réellement de l’intervention elle-même, une fois pris en compte le contexte, les attentes et l’évolution naturelle.
À retenir : Pour savoir s’il existe, on compare l’intervention à un faux traitement qui lui ressemble. Et même si un effet propre est démontré, cela ne veut pas dire que l’explication donnée pour le justifier est forcément la bonne.

Effets contextuels, placebo et non spécifiques

Ensemble des effets liés au contexte du soin, aux attentes, à l’attention reçue ou à d’autres éléments qui ne viennent pas de l’action propre de l’intervention elle-même.
À retenir : Aller mieux après un soin ne veut pas dire que le soin lui-même en est la cause. Le contexte peut jouer, mais aussi l’évolution naturelle du problème ou la régression vers la moyenne.

Esprit critique

Démarche qui consiste à examiner une affirmation, ses arguments et ses preuves avant de décider quelle confiance lui accorder.
À retenir : L’esprit critique ne sert pas seulement à décider quoi croire, mais aussi quoi faire. Il demande aussi certaines attitudes : rester ouvert à d’autres possibilités, accepter l’incertitude et appliquer ce regard à ses propres idées.

Voir aussi : Doute raisonné – Lecture critique – Biais cognitif

Expérience contrôlée

Expérience où l’on compare des groupes aussi semblables que possible, sauf sur un point précis, par exemple la prise d’un traitement. Cela permet de voir si ce point change réellement quelque chose.
À retenir : Quand les groupes sont formés par tirage au sort, les différences entre les participants ont moins de chances de fausser la comparaison. On peut alors mieux distinguer un véritable effet d’une simple corrélation.

F

Fausse équivalence

Mettre sur le même plan deux positions qui ne reposent pas sur des critères ou des niveaux de preuve comparables.
À retenir : Présenter deux positions comme équivalentes peut donner l’impression qu’elles se valent, alors que les preuves peuvent pencher nettement d’un côté. Cela devient pertinent seulement si leur niveau de preuve est réellement comparable. 

Voir aussi : Consensus scientifique – Appel à la popularité

Faux dilemme

Présenter seulement deux options comme si elles étaient les seules possibles, ou comme si elles s’excluaient forcément, alors que ce n’est pas le cas.
Exemple : « Soit cette explication est vraie, soit on ne peut rien expliquer » oublie d’autres possibilités, y compris celle de reconnaître qu’on ne sait pas encore.

Voir aussi : Argument d’incrédulité

G

Généralisation abusive

Tirer une conclusion générale à partir de trop peu de cas, d’une expérience isolée ou d’un échantillon non représentatif.
Exemple : Quelques témoignages positifs ne suffisent pas à conclure qu’une méthode fonctionne en général.

Voir aussi : Cherry-picking – Biais de disponibilité

H

Heuristique

Raccourci mental utile pour juger ou décider rapidement, mais qui peut parfois conduire à des erreurs.
À retenir : Ces raccourcis sont pratiques pour décider vite et sont souvent efficaces, mais ils peuvent aussi favoriser certains biais quand une situation demande plus de précision.

Voir aussi : Biais cognitif – Biais de disponibilité

Homme de paille

Déformer ou simplifier à l’excès la position de quelqu’un pour pouvoir la réfuter plus facilement.
Exemple : « Tu veux réduire ta consommation de viande ? Donc tu veux interdire les barbecues. »

À retenir : Avant de réfuter une idée, vérifie que tu réponds bien à la position réelle de la personne, et pas à une version déformée ou exagérée.

I

Incertitude

Part de doute qui reste autour d’un résultat ou d’une connaissance, même lorsqu’on dispose déjà de bonnes données.
À retenir : Reconnaître une incertitude ne signifie pas ne rien savoir : on peut être très confiant sans être certain à 100 %.

J

K

L

Lecture critique

Examiner une information en évaluant sa source, sa méthode, ses preuves et les conclusions réellement permises.
À retenir : La question n’est pas seulement « est-ce vrai ? », mais aussi « comment le sait-on ? »

Loi de Brandolini

Principe selon lequel il faut souvent beaucoup plus de temps et d’efforts pour réfuter une fausse information que pour la produire ou la diffuser. Appelée également “loi d’asymétrie du baratin”.
Exemple : Une publication peut affirmer en quelques lignes qu’un vaccin provoque une maladie. Pour vérifier l’affirmation, il faut retrouver l’étude citée, examiner sa méthode, comparer avec d’autres travaux et replacer le résultat dans l’ensemble des connaissances.
À retenir : Dire quelque chose de faux peut prendre quelques secondes, mais expliquer précisément pourquoi c’est faux peut demander beaucoup plus de temps. 

Note : Malgré son nom, ce n’est pas une loi scientifique, mais un principe formulé pour décrire cette asymétrie.

M

Metacognition

Le fait de réfléchir à sa propre manière de penser, de repérer ses erreurs ou ses limites, puis d’ajuster son raisonnement si nécessaire.
Exemple : Se demander « qu’est-ce qui pourrait me faire changer d’avis ? » permet de prendre du recul et, si besoin, de revoir sa façon de raisonner.

Méthode scientifique

Démarche qui confronte des hypothèses aux observations, aux mesures et aux expériences, puis les corrige ou les abandonne si les résultats ne les soutiennent pas. Les méthodes et les résultats peuvent ensuite être vérifiés et critiqués par d’autres chercheurs.
À retenir : Une hypothèse gagne en crédibilité lorsqu’elle résiste à des tests capables de montrer qu’elle est fausse.

Note : Il n’existe pas une recette unique suivie par toutes les sciences, mais des principes communs pour confronter les idées aux faits.

Reproductibilité

Le fait que d’autres chercheurs puissent obtenir des résultats comparables en refaisant une expérience ou une mesure.
À retenir : Un résultat qui réapparaît lors de plusieurs tentatives indépendantes inspire davantage confiance. Un échec de reproduction isolé ne suffit pas forcément à invalider le résultat initial.

N

Niveau de preuve

Degré de confiance que l’on peut accorder à une conclusion, selon la qualité et l’ensemble des données disponibles.niveau-preuve
Exemple : Un témoignage isolé et plusieurs études robustes ne donnent pas le même degré de confiance.

À retenir : Un niveau de preuve élevé signifie qu’on est très sûr du résultat, pas que l’effet est forcément grand.

O

Observation

Ce que l’on constate directement ou grâce à une mesure, sans modifier volontairement la situation étudiée. Une observation doit encore être vérifiée et interprétée avant d’en tirer une explication.
À retenir : Observer permet de repérer des liens, mais pas toujours de savoir ce qui cause quoi. Pour aller plus loin, il faut parfois recourir à une expérience contrôlée.

Opinion

Jugement ou point de vue personnel sur une question, qui peut être plus ou moins bien fondé selon les raisons et les preuves qui le soutiennent.
À retenir : Sur une question factuelle, une opinion appuyée par des preuves solides mérite davantage de confiance qu’une simple impression. Sur les goûts ou les valeurs, en revanche, les preuves ne suffisent pas toujours à trancher.

P

Plausibilité

Degré de compatibilité d’une hypothèse avec ce qu’on sait déjà, sans que cela suffise à la prouver ou à la réfuter.
À retenir : Une hypothèse plausible n’est pas forcément vraie. À l’inverse, une hypothèse très peu plausible n’est pas forcément fausse, mais elle demande des preuves beaucoup plus solides.

Présupposé

Idée tenue pour vraie sans être dite clairement, et qui sert de point de départ à un raisonnement ou à une question. On parle aussi de prémisse implicite.
Exemple : « Critiquer cette pratique n’est pas pertinent, il y a de bons et de mauvais praticiens » présuppose que la pratique fonctionne quand elle est bien réalisée. C’est pourtant cette efficacité qu’il faudrait déjà démontrer.

À retenir : Un raisonnement peut sembler cohérent tout en reposant sur une idée de départ jamais vraiment examinée.

Preuve scientifique

Élément obtenu avec une méthode rigoureuse, qui peut soutenir ou contredire une affirmation et qui doit être comparé à l’ensemble des données disponibles.
À retenir : Un résultat qui va dans le sens d’une affirmation n’est pas forcément une preuve solide. Sa force dépend notamment de la manière dont il a été obtenu et de sa cohérence avec les autres données.

Note : En sciences expérimentales, les preuves renforcent ou affaiblissent une conclusion sans la démontrer de façon absolue.

Q

Qualité méthodologique

Degré de solidité d’une étude selon la façon dont elle a été menée : taille de l’échantillon, groupe de comparaison, tirage au sort, mesures utilisées, risques de biais, etc.
À retenir : Un résultat spectaculaire peut rester peu convaincant si l’étude a été menée de manière fragile. 

À distinguer du niveau de preuve : la qualité méthodologique concerne surtout une étude, tandis que le niveau de preuve tient compte de l’ensemble des données disponibles.

R

Rasoir

Principe de raisonnement qui aide à écarter les explications ou suppositions inutiles. L’image vient de l’idée de « raser » ou couper ce qui dépasse, comme une lame qui enlève le superflu pour aller à l’essentiel.
À retenir : Un rasoir n’est pas une preuve, mais une règle de prudence qui aide à savoir quelle explication examiner en premier. Leur nom vient souvent de la personne qui les a popularisés, même si l’idée est parfois plus ancienne. Ce qui compte, ce n’est ni l’auteur ni l’âge du principe, mais sa logique : plus on ajoute de suppositions sans raison, plus on multiplie les occasions de se tromper.

Exemples : Rasoir d’Occam – Rasoir de Hanlon – Rasoir de Hitchens

Rasoir d’Occam

Principe selon lequel, entre plusieurs hypothèses capables d’expliquer la même observation, on privilégie d’abord celle qui demande le moins d’hypothèses supplémentaires ou d’éléments non démontrés.
Exemple : Un bruit dans les combles peut venir d’un animal ou d’un fantôme. Les deux peuvent expliquer le bruit, mais l’hypothèse du fantôme ajoute l’existence d’une entité qui n’a jamais été démontrée.

À retenir : Le rasoir d’Occam ne prouve pas qu’une hypothèse est vraie. Il indique simplement par laquelle commencer. Si une observation permet ensuite de départager les hypothèses, ce sont les faits qui tranchent.

Rasoir de Hanlon

Principe selon lequel il vaut mieux éviter d’attribuer à la malveillance ce qui peut s’expliquer plus simplement par une erreur, une négligence ou un manque de compétence.
Exemple : Une erreur dans une communication officielle n’est pas forcément la preuve qu’on cherche à tromper le public. Une mauvaise relecture ou une information mal transmise peuvent suffire à l’expliquer. 

À retenir : Le rasoir de Hanlon ne dit pas que la malveillance n’existe pas. Il rappelle simplement qu’il vaut mieux chercher d’abord une explication ordinaire avant de supposer une intention cachée.

Rasoir de Hitchens

Principe selon lequel une affirmation avancée sans preuve peut être écartée sans qu’il soit nécessaire de fournir une preuve contraire.
Exemple : Si quelqu’un affirme qu’une énergie invisible influence la santé sans apporter d’éléments solides, on n’est pas obligé de démontrer qu’elle n’existe pas pour ne pas retenir cette affirmation.

À retenir : Écarter une affirmation faute de preuve ne signifie pas qu’on a démontré qu’elle est fausse. Et plus une affirmation est extraordinaire, plus elle demande des preuves solides : c’est le principe souvent résumé par une formule proposée par Carl Sagan.

Réfutabilité

Possibilité de tester une affirmation de façon à ce qu’un résultat puisse montrer qu’elle est fausse. Une affirmation réfutable n’est donc pas forcément fausse : elle accepte simplement le risque d’être contredite par les faits.
À retenir : Si une idée peut expliquer aussi bien ce qui marche que ce qui ne marche pas, il devient presque impossible de la tester réellement.

Exemple : « Si le remède n’a pas marché, c’est que vous n’y avez pas assez cru »

Régression vers la moyenne

Phénomène statistique selon lequel, après une mesure exceptionnellement haute ou basse, la suivante a tendance à se rapprocher de la valeur habituelle.
Exemple : On consulte souvent quand une douleur est particulièrement forte. Elle peut ensuite diminuer naturellement, même sans traitement. Si une séance a eu lieu entre-temps, on risque de lui attribuer cette amélioration. 

À retenir : C’est l’une des raisons pour lesquelles on compare un traitement à un groupe témoin : les deux groupes peuvent connaître ce retour vers la normale, ce qui aide à distinguer l’effet réel du traitement.

Relativisme

Idée selon laquelle la vérité ou la connaissance dépend du point de vue adopté. Poussée à l’extrême, elle peut amener à mettre opinions et faits sur le même plan.
À retenir : Le fait que chacun puisse avoir un point de vue ne signifie pas que toutes les affirmations factuelles se valent.

Reproductibilité

Le fait que d’autres chercheurs puissent obtenir des résultats comparables en refaisant une expérience ou une mesure.
À retenir : Un résultat qui réapparaît lors de plusieurs tentatives indépendantes inspire davantage confiance. Un échec de reproduction isolé ne suffit pas forcément à invalider le résultat initial.

S

Scepticisme scientifique

Démarche qui consiste à examiner les affirmations avec recul, surtout lorsqu’elles vont à l’encontre de ce que l’on sait déjà, et à regarder ce que valent réellement les preuves avancées.
À retenir : Être sceptique ne veut pas dire douter de tout. Plus une affirmation repose sur des preuves solides, moins il est raisonnable de la traiter comme une simple hypothèse.

Scientisme

Idée selon laquelle la science pourrait répondre à toutes les questions, y compris celles qui dépassent son domaine.
À retenir : Reconnaître les forces de la science n’implique pas de lui demander de répondre à des questions qui dépassent son domaine.

Sophisme

Raisonnement qui semble logique ou convaincant, mais qui repose en réalité sur une erreur.
À retenir : Repérer un sophisme montre que l’argument est défaillant, pas que la conclusion est fausse. Une idée vraie peut aussi être mal défendue.

Note : Au sens strict, un sophisme peut désigner un raisonnement utilisé pour tromper. Une erreur de raisonnement commise de bonne foi est plutôt appelée paralogisme. Ici, le mot est employé au sens courant, sans présumer de l’intention.

Suspension du jugement

Fait de ne pas trancher lorsque les preuves disponibles ne suffisent pas pour conclure. Cela ne veut pas dire que toutes les explications se valent.
À retenir : « Je ne sais pas encore » peut être la conclusion la plus rigoureuse lorsque les éléments sont insuffisants.

T

Théorie scientifique

Explication générale d’un phénomène, appuyée par de nombreux résultats concordants, et qui permet de faire des prédictions que l’on peut tester.
À retenir : En science, une théorie n’est pas une simple supposition. C’est une explication solide qui organise ce que l’on sait et permet de prévoir ce qu’on devrait observer.

U

V

W

Whataboutisme

Répondre à une critique en pointant un autre problème sans répondre au fond, afin de détourner l’attention.
Exemple : Un média publie une enquête sur des violences commises dans un établissement. Dans les commentaires, quelqu’un répond : « Et pourquoi vous ne parlez jamais de ce qui se passe ailleurs ? » Le problème soulevé peut être réel, mais il ne répond pas à l’enquête publiée.

X

Y

Z

Zététique

Démarche d’esprit critique appliquée surtout aux affirmations extraordinaires, au paranormal, aux pseudo-sciences et aux croyances controversées, en s’appuyant sur les méthodes de la science.
À retenir : La zététique ne consiste pas à nier par principe. Elle cherche à vérifier ce qui est avancé, et utilise le doute comme un outil provisoire pour enquêter.

Note : Le mot vient du grec zêtein, « chercher », et a été popularisé en France par le physicien Henri Broch, qui parlait de « l’art du doute ».

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