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Coupeurs ou barreurs de feu

Affirmation éclairée

Il paraît que les coupeurs ou barreurs de feu soulagent les brûlures

Solidité de l'affirmation
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NON DÉMONTRÉE

Publié le

L'essentiel

En bref

Aucun mécanisme connu n’explique comment une formule, un geste ou une action à distance pourrait agir sur les tissus brûlés.

La pratique reste crédible grâce aux témoignages, à la transmission familiale et à sa présence parfois tolérée dans certains hôpitaux.

Les brûlures pour lesquelles les coupeurs de feu sont le plus souvent sollicités guérissent souvent d’elles-mêmes.

L’attente, le soutien et la baisse de l’anxiété peuvent réduire la douleur ressentie sans prouver un effet propre du rituel.

Aucune étude rigoureuse n’a montré que les coupeurs de feu accélèrent la cicatrisation ou réduisent les lésions.

Solidité de l'affirmation
0/4
NON DÉMONTRÉE

L'idée à retenir

Les brûlures les plus souvent « coupées » sont aussi celles qui guérissent seules. Aucun mécanisme connu n’explique comment une formule récitée, parfois à distance, ou un geste pourraient agir directement sur les tissus.

En bref

Aucun mécanisme connu n’explique comment une formule, un geste ou une action à distance pourrait agir sur les tissus brûlés.

La pratique reste crédible grâce aux témoignages, à la transmission familiale et à sa présence parfois tolérée dans certains hôpitaux.

Les brûlures pour lesquelles les coupeurs de feu sont le plus souvent sollicités guérissent souvent d’elles-mêmes.

L’attente, le soutien et la baisse de l’anxiété peuvent réduire la douleur ressentie sans prouver un effet propre du rituel.

Aucune étude rigoureuse n’a montré que les coupeurs de feu accélèrent la cicatrisation ou réduisent les lésions.

L'idée à retenir

Les brûlures les plus souvent « coupées » sont aussi celles qui guérissent seules. Aucun mécanisme connu n’explique comment une formule récitée, parfois à distance, ou un geste pourraient agir directement sur les tissus.

Sous la lumière

Progression0 % lu

Promesse ou affirmation

Les coupeurs de feu, aussi appelés barreurs ou passeurs de feu, disent pouvoir « couper » la douleur d’une brûlure. Certains affirment aussi accélérer la guérison ou réduire les cicatrices.

L’intervention repose généralement sur une formule d’inspiration chrétienne, récitée mentalement ou à voix basse. Un geste peut accompagner la formule, mais il n’est pas indispensable. Le soin peut aussi être réalisé par téléphone, à partir d’une photographie ou à la demande d’un proche.

Les praticiens parlent d’un don transmis et tenu secret. Les explications avancées, comme les ondes électromagnétiques, les biophotons ou la physique quantique, n’ont jamais été validées expérimentalement.

Comment une parole, une prière ou une intention, parfois formulée à distance, pourrait-elle modifier une lésion cutanée ? Pour prouver un effet physique réel, il faudrait montrer comment cette intervention atteint les tissus et produit un effet mesurable. Aucun mécanisme de ce type n’a été mis en évidence.

Provenance

La pratique appartient à la tradition européenne des « faiseurs de secrets », qui associaient prières et gestes codifiés pour traiter des maux courants. Son origine exacte n’est pas connue. Les travaux ethnographiques la rattachent surtout aux communautés rurales et alpines francophones.

Les formules font souvent référence au Christ, à la Vierge ou à des saints. La plus ancienne publication connue d’une prière de ce type date de 1907. Le secret se transmet de personne à personne, souvent dans une famille. Selon la tradition, le révéler publiquement lui ferait perdre son efficacité.

La gratuité renforce l’image d’un don désintéressé, même si certains praticiens facturent leurs interventions. En Suisse romande, le « secret » est aussi reconnu comme une tradition culturelle, ce qui ne vaut pas validation médicale.

Dans certains hôpitaux, des soignants transmettent aussi les coordonnées de coupeurs de feu ou conservent des listes informelles. Leur présence dans un service ne signifie pas que l’établissement ou l’équipe médicale reconnaît l’efficacité des coupeurs de feu. Il s’agit d’une tolérance ou d’un accompagnement de la demande des patients, pas d’un traitement intégré aux soins validés.

Preuves

Aucune étude rigoureuse n’a évalué les coupeurs de feu sur des brûlures classiques. Les travaux disponibles portent surtout sur les usages, la satisfaction des patients ou l’acceptation de la pratique, ce qui ne permet pas de mesurer directement l’effet du rituel.

La radiothérapie

L’étude quantitative la plus citée a porté sur 500 patients traités par radiothérapie. Parmi ceux qui avaient consulté un coupeur de feu, 84 % se déclaraient satisfaits ou très satisfaits. Mais aucune amélioration objective de la toxicité liée au traitement n’a été mesurée. La fatigue était même plus fréquente dans ce groupe, sans explication établie. L’étude n’était ni randomisée ni fondée sur un groupe témoin strict.

Dans ce contexte, les patients reçoivent déjà des soins médicaux, notamment des crèmes ou d’autres traitements locaux, et les réactions cutanées peuvent aussi s’atténuer avec le temps. Une amélioration après l’intervention ne permet donc pas de savoir ce qui relève du coupeur de feu, des soins reçus ou de l’évolution naturelle. Un soulagement ressenti peut aussi être lié à l’attente, au soutien et à la diminution de l’anxiété. Le recours à un coupeur de feu ne doit pas conduire à arrêter ou remplacer les soins prescrits en radiothérapie.

Présence à l’hôpital, sans être pour autant une validation

Les études menées en Haute-Savoie ou au Centre des grands brûlés de Lausanne décrivent une forte acceptation de la pratique. Mais elles reposent sur de petits échantillons, des volontaires ou aucun groupe de comparaison. Elles ne démontrent donc ni une accélération de la cicatrisation ni une réduction des cicatrices.

Une enquête menée dans 31 centres français de radiothérapie indiquait que 15 entretenaient des relations avec des coupeurs de feu et que 10 tenaient des listes de contacts. Cette présence dans certains services peut donner l’impression d’une reconnaissance médicale, alors que les coupeurs de feu ne font pas partie des traitements validés de la brûlure.

Des brûlures qui guérissent souvent d’elles-mêmes

Toutes les brûlures ne se ressemblent pas. Le premier degré touche seulement l’épiderme : la peau est rouge et douloureuse, mais elle guérit spontanément sans cicatrice. Le deuxième degré superficiel atteint aussi la partie haute du derme. Il provoque souvent des cloques et une douleur intense, mais guérit lui aussi souvent tout seul. À l’inverse, les brûlures profondes détruisent davantage les tissus, peuvent être moins sensibles et nécessitent une prise en charge médicale spécialisée.

Richard MONVOISIN, enseignant-chercheur en pensée critique, a rencontré plus d’une centaine de coupeurs de feu. Selon lui, les personnes qui les appellent présentent surtout des brûlures du premier degré ou du deuxième degré superficiel, tandis que les brûlures plus graves sont généralement orientées vers les secours ou l’hôpital. Ce contexte favorise les témoignages positifs : la douleur diminue et la peau guérit après l’appel, alors que ces lésions auraient souvent évolué favorablement sans le rituel.

Aucun mécanisme démontré

Selon les praticiens, l’effet pourrait venir d’une prière, d’une intention, du magnétisme ou d’« énergies », parfois à distance. Mais ces explications restent floues et aucun mécanisme mesurable n’a montré comment elles pourraient agir directement sur les tissus brûlés.

Les recherches sur la prière ou la guérison à distance n’apportent pas d’appui solide. Une méta-analyse de 14 essais randomisés n’a pas trouvé d’effet global significatif. Une autre revue a rapporté des résultats trop hétérogènes pour conclure.

Aucun effet biophysique propre aux coupeurs de feu n’est donc établi. Les témoignages peuvent être sincères, mais ils ne permettent pas de distinguer l’effet du rituel de l’évolution naturelle, des soins reçus et du contexte.

Pourquoi cela paraît crédible ?

Pièges d’interprétation

Illusion de causalité : l’appel intervient souvent au moment où la douleur va naturellement diminuer. Quand l’amélioration suit rapidement, le rituel paraît en être la cause.

Une douleur réellement moins forte : l’attente, le sentiment d’être aidé et la baisse de l’anxiété peuvent réduire la douleur ressentie. Cet effet possible ne prouve pas le mécanisme revendiqué.

Les réussites circulent mieux : les cas perçus comme efficaces sont racontés et mémorisés. Les échecs ou les guérisons spontanées attirent moins l’attention.

Facteurs extérieurs

La confiance du réseau : le coupeur de feu est souvent recommandé par un proche, un pompier ou un soignant, ce qui lui donne une crédibilité immédiate.

Une tradition ancienne et gratuite : la transmission familiale, le secret et l’absence habituelle de paiement donnent une image de sincérité. L’ancienneté est facilement confondue avec une preuve d’efficacité.

La présence à l’hôpital : une liste conservée dans un service peut être comprise comme une validation scientifique. Elle traduit surtout une tolérance culturelle.

Aller plus loin

Fiche mémo

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Comment interroger l'affirmation ?

Les questions qui suivent n’ont pas vocation à apporter des réponses, mais à ouvrir des pistes de réflexion. Elles invitent à examiner cette affirmation sous différents angles et à se forger une opinion éclairée.

  • Quel protocole, par exemple deux groupes recevant les mêmes soins avec ou sans coupeur de feu, permettrait de vérifier si l’amélioration vient bien du rituel lui-même plutôt que des soins, de l’attente ou de l’évolution naturelle ?
  • Le fait que ces brûlures guérissent souvent d’elles-mêmes et que l’attente puisse réduire l’anxiété change-t-il la façon d’interpréter les témoignages positifs ?
  • Si la formule agit à distance, quel mécanisme mesurable permettrait d’expliquer son action sur les tissus brûlés ?

N’hésitez pas à vous en poser d’autres : c’est souvent en multipliant les points de vue que l’on évalue une affirmation avec le plus de rigueur.

Sources et références

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Sources primaires

Efficacité rapportée en radiothérapie :
Guy J.-B. et al., Healing touch in radiation therapy: is the benefit tangible?, 2017 : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5655302/ 

Acceptation du « secret » dans un centre suisse des brûlés :
Kasser S. et al., Acceptation of Folk Medicine and its “secrets” in a Swiss Burn Centre, 2019 : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7155408/ 

Revue médicale sur les coupeurs de feu :
Piret P. et al., Faut-il jeter au feu les coupeurs de feu ?, 2024 : https://rmlg.uliege.be/download/3903/3297/P-Piret_2024_5_faut-il-jeter-au-feu-les-coupeurs-de-feu_0.pdf 

Méta-analyse sur la prière à distance :
Masters K. S., Spielmans G. I. et Goodson J. T., Are there demonstrable effects of distant intercessory prayer? A meta-analytic review, 2006 : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/16827626/ 

Revue systématique sur la guérison à distance :
Astin J. A., Harkness E. et Ernst E., The efficacy of “distant healing”: a systematic review of randomized trials, 2000 : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/10836918/ 

Mécanismes neurobiologiques de l’analgésie placebo :
Benedetti F. et Amanzio M., The neurobiology of placebo analgesia: from endogenous opioids to cholecystokinin, 1997 : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/9185235/ 

Pratiques en Haute-Savoie :
Perret N., Place des coupeurs de feu dans la prise en charge ambulatoire et hospitalière des brûlures en Haute-Savoie en 2007, 2009 : https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-00630683 

Recours après radiothérapie :
Mirabel M., Comprendre le recours aux « coupeurs de feu » après radiothérapie, 2021 : https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03279885 

Représentations des onco-radiothérapeutes :
Damillville-Martin M., COFER : évaluation du recours aux coupeurs de feu en radiothérapie en tant que soin oncologique de support, 2021 : https://normandie-univ.hal.science/dumas-03428879/ 

Sources secondaires

Contexte scientifique et culturel :
Ruggeri V., Association française pour l’information scientifique, Peut-on vraiment « couper le feu » ?, 2026 : https://www.afis.org/Peut-on-vraiment-couper-le-feu 

Analyse de Richard Monvoisin sur les brûlures superficielles :
France Inter, Coupeurs de feu et magnétiseurs : comment cela fonctionne-t-il ?, avec Richard Monvoisin, Fanny Charasse et Bruno Falissard, 2 juillet 2022 : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/les-savanturiers/les-coupeurs-de-feu-et-les-magnetiseurs-3989049

Enquête universitaire sur les coupeurs de feu au CHU de Grenoble :
Jouanny S., Jouslin S., Jousseaume B., Napoleoni M., Pascault C. et Prestgard T., Barreurs / Coupeurs de feu – Critères de sélection à l’hôpital de Grenoble ?, enseignement Zététique et autodéfense intellectuelle, 2016 : https://cortecs.org/wp-content/uploads/2020/02/ZADI_22.41_Coupeurs_feu_Criteres_selection_hopital_Grenoble_Jouanny_Jouslin_Jousseaume_Napoleoni_Pascault_Prestgard_2016.pdf

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