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Vitamine D et reflux du nourrisson

Affirmation éclairée

Il paraît que la Vitamine D provoque ou aggrave le reflux du nourrisson

Solidité de l'affirmation
1/4
FRAGILE

Publié le

L'essentiel

En bref

Aucune preuve directe ne montre que la vitamine D ou ses excipients provoquent un reflux aux doses recommandées.

Un signal de pharmacovigilance existe pour certains médicaments de vitamine D en gouttes : une mauvaise tolérance individuelle est possible, sans excipient responsable identifié. 

Le reflux apparaît souvent au même âge que la supplémentation. Cette coïncidence peut faire croire à un lien causal, alors que le reflux peut évoluer spontanément.

Si une spécialité semble mal tolérée, elle peut être changée avec le médecin. Éviter de la remplacer soi-même par un complément alimentaire, dont la concentration peut exposer à des erreurs de dosage ou à un surdosage.

Solidité de l'affirmation
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FRAGILE

L'idée à retenir

Le reflux est très fréquent au même âge où débute la vitamine D : le lien paraît évident, mais aucune preuve directe ne montre que les gouttes en sont la cause.

En bref

Aucune preuve directe ne montre que la vitamine D ou ses excipients provoquent un reflux aux doses recommandées.

Un signal de pharmacovigilance existe pour certains médicaments de vitamine D en gouttes : une mauvaise tolérance individuelle est possible, sans excipient responsable identifié. 

Le reflux apparaît souvent au même âge que la supplémentation. Cette coïncidence peut faire croire à un lien causal, alors que le reflux peut évoluer spontanément.

Si une spécialité semble mal tolérée, elle peut être changée avec le médecin. Éviter de la remplacer soi-même par un complément alimentaire, dont la concentration peut exposer à des erreurs de dosage ou à un surdosage.

L'idée à retenir

Le reflux est très fréquent au même âge où débute la vitamine D : le lien paraît évident, mais aucune preuve directe ne montre que les gouttes en sont la cause.

Sous la lumière

Progression0 % lu

Promesse ou affirmation

Selon cette affirmation, les gouttes de vitamine D provoqueraient ou aggraveraient le reflux gastro-œsophagien du nourrisson. Les coliques, pleurs ou troubles du sommeil sont parfois associés, mais le reflux et les régurgitations sont les symptômes principalement visés.

Selon les versions, la vitamine D elle-même serait en cause, ou plus souvent la formulation de certaines spécialités : huiles essentielles d’agrumes, saccharine, conservateurs ou autres excipients. Ceux qui défendent cette idée citent souvent, comme argument, l’amélioration observée après l’arrêt des gouttes ou après un changement de marque.

Provenance

La supplémentation en vitamine D est recommandée dès les premiers jours de vie pour prévenir le rachitisme. En France, les recommandations pédiatriques actuelles prévoient généralement 400 à 800 UI par jour chez l’enfant de 0 à 2 ans.

La prévention du rachitisme par la vitamine D est ancienne. En France, la supplémentation des nourrissons a été mise en place par des arrêtés ministériels dès 1963, puis en 1971. L’enrichissement des laits infantiles en vitamine D a suivi en 1992. Ces mesures ont fortement réduit le rachitisme carentiel, devenu très rare.

Les accusations se diffusent surtout depuis les années 2010 dans des forums et groupes de parents. À partir de 2018, des signalements attirent aussi l’attention de la pharmacovigilance, notamment avec Adrigyl.

Preuves

Très peu de recherches directement consacrées à cette question

Aucune étude scientifique dédiée à ce lien n’a été retrouvée. Il n’existe donc pas de preuve expérimentale montrant que la vitamine D3, ou les excipients présents dans certaines formulations, déclenchent un reflux aux doses recommandées.

L’absence de preuve ne signifie pas que les témoignages doivent être écartés. Ils peuvent signaler une mauvaise tolérance individuelle à une formulation. La pharmacovigilance permet justement de voir si ces observations se retrouvent au-delà de quelques cas isolés.

Un signal de pharmacovigilance digestif existe

L’Agence nationale de sécurité du médicament a réévalué les effets indésirables des spécialités pédiatriques. En 2020, reflux, régurgitations et vomissements figuraient parmi les effets les plus souvent notifiés, majoritairement avec la marque Adrigyl. Sur les six derniers mois de 2019, 43 cas avaient été retenus, dont 6 graves, principalement digestifs.

En 2023, le signal digestif persiste avec Adrigyl et ZymaD : 28 des 43 dossiers comportant un effet indésirable pour Adrigyl et 24 sur 42 pour ZymaD. Ils étaient en majorité non graves.

Le rapport de l’ANSM ne tranche pas : il ne permet pas d’établir un lien entre les troubles digestifs et les excipients, mais considère qu’un profil d’effets indésirables différent selon les formulations reste possible. L’ajout des troubles digestifs dans les informations du médicament est jugé « envisageable mais discutable ».

Ce signal mérite donc d’être pris en compte, mais ne prouve pas la cause : la notification spontanée n’a pas de groupe témoin et le reflux est extrêmement fréquent à cet âge.

Les excipients : une hypothèse plausible, mais non démontrée

Les formulations diffèrent. Adrigyl contient actuellement de la saccharine, de l’acide sorbique, de l’huile essentielle de citron et des substances grasses. ZymaD contient notamment de l’huile essentielle d’orange douce et de l’huile d’olive. L’ancienne formule d’Adrigyl contenait aussi du BHT, un antioxydant retiré depuis et remplacé par une forme de vitamine E.

En 2020, le comité de pharmacovigilance relevait que les différences de composition pouvaient s’accompagner de profils d’effets indésirables différents, sans pouvoir relier les troubles digestifs au BHT. 

Une mauvaise tolérance individuelle à certaines formulations reste donc possible. En revanche, rien ne permet d’attribuer le reflux à un arôme, une huile ou un conservateur précis.

Le reflux lui-même crée un puissant facteur de confusion

Le reflux est physiologique et très fréquent. Le NICE, l’agence sanitaire britannique, indique qu’il touche au moins 40 % des bébés, débute généralement avant 8 semaines et disparaît chez environ 90 % avant un an. Les régurgitations culminent autour de 3 à 4 mois.

Comme la vitamine D est prescrite dès les premiers jours, ce chevauchement est presque inévitable. Une aggravation après les gouttes ou une amélioration après changement peut être liée au produit, mais aussi à l’évolution naturelle du reflux. Sans comparaison contrôlée, impossible de les distinguer systématiquement.

Le surdosage est un risque réel, surtout avec les compléments alimentaires

Le surdosage en vitamine D est bien documenté. Mais on parle ici de doses très supérieures à la supplémentation habituelle. Une revue publiée en 2023 dans Toxics rapporte plusieurs cas pédiatriques avec des apports de l’ordre de 12 000 à 50 000 UI par jour, soit environ 30 à 125 fois la dose de référence de 400 UI par jour.

Dans ces intoxications, les symptômes dépassent largement les troubles digestifs banals : perte d’appétit, vomissements, perte de poids, léthargie, pleurs inconsolables ou déshydratation. Ils s’accompagnent surtout d’une hypercalcémie mesurée biologiquement, parfois avec atteinte rénale. Ce tableau est différent des coliques ou du reflux physiologique du nourrisson.

En France, l’Anses a alerté en 2021 puis en 2023 sur plusieurs intoxications de nourrissons liées au mésusage de compléments alimentaires très concentrés. Certains pouvaient contenir jusqu’à 10 000 UI par goutte, contre quelques centaines d’UI par goutte pour les médicaments pédiatriques habituels. Les cas graves rapportés associaient notamment hypercalcémie sévère, déshydratation et dépôts de calcium dans les reins, avec parfois une prise en charge en réanimation.

Reporterre rapporte aussi le témoignage de Célia Levavasseur, cheffe du service de pédiatrie du centre hospitalier du Belvédère, près de Rouen. Elle décrit le cas d’un nourrisson auquel sa mère administrait chaque jour environ 1 000 fois la dose nécessaire en préparant elle-même son lait avec des compléments alimentaires. L’enfant a développé une grave insuffisance rénale, avec dialyse puis greffe de rein. Ce cas isolé ne permet pas d’estimer la fréquence de ce type d’erreur, mais montre jusqu’où peut aller un surdosage massif.

Les compléments alimentaires ne sont pas soumis au même cadre que les médicaments. Ils n’ont pas besoin d’une autorisation évaluant au préalable leur rapport bénéfice-risque avant d’être vendus. Ils doivent être déclarés à l’administration et restent soumis à des contrôles, mais le fabricant est responsable de leur conformité. Pour les nourrissons, l’Anses et les sociétés savantes recommandent donc de privilégier les médicaments, dont les doses et les précautions d’emploi sont clairement encadrées.

En mai 2026, un complément alimentaire destiné aux nourrissons a aussi été rappelé en France parce que sa teneur réelle en vitamine D était supérieure à celle indiquée sur l’étiquette. Cet exemple n’est pas comparable aux surdosages massifs décrits plus haut, mais rappelle qu’une erreur de concentration peut modifier la dose réellement administrée.

Que faire si les gouttes semblent aggraver le reflux ?

Le témoignage d’un parent ne suffit pas à établir une cause générale, mais il peut signaler une mauvaise tolérance individuelle. Si les symptômes semblent liés à une spécialité, le médecin ou le pédiatre peut discuter d’un changement de médicament et de formulation.

La supplémentation reste recommandée et ne doit pas être arrêtée sur une simple suspicion. Le changement doit préserver la dose adaptée à l’enfant. Le recours autonome à un complément alimentaire est déconseillé en raison du risque d’erreur de dosage et de surdosage.

Pourquoi cela paraît crédible ?

Pièges d’interprétation

Illusion de causalité : la vitamine D est donnée dès les premiers jours, alors que le reflux apparaît souvent au cours des premières semaines. Quand un événement suit l’autre, il est naturel de les relier, même si cette chronologie ne prouve pas que la Vitamine D en soit la cause.

Régression vers la moyenne : les symptômes varient et finissent généralement par diminuer avec l’âge. Si un produit est arrêté ou changé pendant une mauvaise période, l’amélioration spontanée qui suit peut être attribuée au changement.

Biais de confirmation : après avoir soupçonné les gouttes, les épisodes de reflux qui suivent leur administration deviennent plus visibles. Les prises de Vitamine D sans aggravation ou les améliorations indépendantes du produit marquent moins les esprits.

Facteurs extérieurs

La force des retours de terrain : parents et professionnels peuvent observer une amélioration après changement de spécialité. Ces observations sont utiles en pharmacovigilance et peuvent justifier une adaptation individuelle, sans suffire à remettre en cause tout un produit.

Des parents en recherche de solution : face à un bébé qui régurgite beaucoup, pleure ou souffre, il est compréhensible de chercher rapidement une cause, et un moyen de le soulager. Quand plusieurs pistes ont déjà été essayées, la vitamine D ou sa formulation peuvent alors devenir un suspect parmi d’autres, surtout si les symptômes semblent varier après une prise ou un changement de produit.

Les réseaux de parents : l’accumulation de récits similaires donne vite l’impression d’une relation bien établie, alors que la fréquence naturelle du reflux est moins visible.

La défiance envers les excipients : arômes et conservateurs offrent une explication simple à un trouble éprouvant. Le changement de formule d’Adrigyl peut renforcer l’idée que l’ancienne composition était responsable, alors que ce lien n’a pas été démontré.

Aller plus loin

Fiche mémo

Retrouvez bientôt l’essentiel de cette analyse dans une fiche pratique à imprimer et à partager.

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Comment interroger l'affirmation ?

Les questions qui suivent n’ont pas vocation à apporter des réponses, mais à ouvrir des pistes de réflexion. Elles invitent à examiner cette affirmation sous différents angles et à se forger une opinion éclairée.

  • Comment distinguer une amélioration liée au changement de vitamine D de l’évolution naturelle d’un reflux qui varie beaucoup avec l’âge ?
  • Que peut-on vraiment conclure des signalements de pharmacovigilance, qui n’ont ni groupe témoin ni mesure systématique des symptômes ?
  • Si un excipient précis est responsable, retrouve-t-on davantage de troubles digestifs avec les formulations qui en contiennent qu’avec celles qui n’en contiennent pas ?

N’hésitez pas à vous en poser d’autres : c’est souvent en multipliant les points de vue que l’on évalue une affirmation avec le plus de rigueur.

Sources et références

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Sources primaires

Pharmacovigilance des médicaments de vitamine D chez le nourrisson, bilan 2023 :
Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, CSP Surveillance et pharmacovigilance, 2023 : https://ansm.sante.fr/uploads/2023/06/28/20230411-cr-csp-pvex.pdf

Pharmacovigilance des médicaments de vitamine D chez le nourrisson, bilan 2020 :
Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, CSP Surveillance pharmacovigilance, 2020 : https://ansm.sante.fr/uploads/2020/11/24/20200128-cr-csp-pvex.pdf

Recommandations françaises de supplémentation en vitamine D :
Bacchetta J. et al., Vitamin D and calcium intakes in general pediatric populations: A French expert consensus paper, Archives de Pédiatrie, 2022 : https://doi.org/10.1016/j.arcped.2022.02.008

Recommandations de la Société française de pédiatrie :
Société française de pédiatrie, Vitamine D, recommandations françaises : https://www.sfpediatrie.com/vitamine

Historique de la supplémentation en vitamine D chez le nourrisson :
Haute Autorité de santé, Protocole national de diagnostic et de soins – Rachitismes rares vitamine D dépendants, 2024 : https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2024-09/pnds_rachitismes_rares_vdef_2024.pdf

Prévention des surdosages par compléments alimentaires :
Anses, Vitamine D chez l’enfant : recourir aux médicaments et non aux compléments alimentaires pour prévenir le risque de surdosage, 2021 : https://www.anses.fr/fr/content/vitamine-d-chez-lenfant-recourir-aux-medicaments-et-non-aux-complements-alimentaires-pour

Encadrement des compléments alimentaires :
Anses, Les compléments alimentaires, nécessité d’une consommation éclairée, 2025 : https://www.anses.fr/fr/content/les-complements-alimentaires-necessite-dune-consommation-eclairee

Rappel du complément Nateos « Gouttes de Soleil » :
RappelConso, Gouttes de Soleil, NATEOS, lot 151246, 2026 : https://rappel.conso.gouv.fr/fiche-rappel/22226/Interne

Composition actuelle d’Adrigyl :
Base de données publique des médicaments, ADRIGYL 10 000 UI/ml, dernière mise à jour 2026 : https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/medicament/66269026/extrait

Composition actuelle de ZymaD :
Base de données publique des médicaments, ZYMAD 10 000 UI/ml, dernière mise à jour 2026 : https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/medicament/63902334/extrait

Reflux gastro-œsophagien du nourrisson :
National Institute for Health and Care Excellence, Gastro-oesophageal reflux disease in children and young people: diagnosis and management, recommandations : https://www.nice.org.uk/guidance/ng1/chapter/Recommendations

Évolution naturelle du reflux chez le nourrisson :
Canadian Paediatric Society, Medical management of gastro-esophageal reflux in healthy infants, 2022 : https://cps.ca/en/documents/position/gastro-esophageal-reflux-in-healthy-infants

Sources secondaires

Circulation des accusations autour des excipients :
Le Moniteur des pharmacies, Adrigyl : rumeur sur les additifs, 2024 : https://www.lemoniteurdespharmacies.fr/therapeutique/vigilances/adrigyl-rumeur-sur-les-additifs

Enquête sur les compléments alimentaires de vitamine D pour nourrissons :
Reporterre, Vitamine D : le dangereux business des compléments alimentaires pour les bébés, 2026 : https://reporterre.net/Vitamine-D-le-dangereux-business-des-complements-alimentaires-pour-les-bebes

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