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« On ne sait pas tout » : le cas de la pyramide de Gizeh

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« On ne sait pas tout. Il reste plein de mystères ! Les pyramides, par exemple : on ne sait toujours pas exactement comment elles ont été construites. Alors pourquoi une civilisation disparue ou une autre explication ne seraient-elles pas possibles ? »

On ne sait pas tout. Et alors ?

Photographie Kirlian d'une personne dans la position du Lotus, par Emmanuel HEREDIA

Cette phrase réflexe survient souvent pour défendre des explications ou théories alternatives. Sauf que si une partie de cette phrase est vraie, elle ne valide pas pour autant l’hypothèse alternative, car souvent, ce qu’on sait déjà suffit à l’invalider !

Le cas de la construction des pyramides illustre bien ce propos.

Oui, l’archéologie ne connaît pas tous les détails ni chaque étape de la construction de la grande pyramide de Khéops. Certains points sont discutés, notamment sur l’organisation exacte du chantier ou les techniques employées, par exemple pour élever les blocs aux niveaux les plus hauts.

Mais il y a un glissement entre « il reste des inconnues » et « toutes les hypothèses restent ouvertes ». Une connaissance peut être incomplète tout en étant suffisamment solide pour écarter certaines explications.

Image : ...

« Ils n'avaient pas les moyens de faire ça »

Le raisonnement part souvent de cette impression : « Je ne vois pas comment des hommes de l'Antiquité auraient pu réaliser cela avec leurs outils, donc ils n'ont pas pu le faire »

Cela s’appelle un argument d'incrédulité : rejeter une affirmation sous prétexte qu’on a du mal à l’imaginer ou qu’on ne comprend pas comment elle fonctionne.

Pourtant, ne pas savoir comment une chose a été faite ne démontre pas qu'elle n’était pas possible.

Des preuves archéologiques fortes

Les traces archéologiques permettent de rendre cet argument d'incrédulité “faible”, face à l’importance des preuves.

  • Des carrières sont identifiées 
  • Une grande partie du calcaire utilisé pour le cœur de la grande pyramide provenait de ces carrières proches. Les pierres n'ont donc pas toutes parcouru des centaines de kilomètres
  • Les techniques de taille sont compatibles avec les moyens de l’époque : percuteurs en pierre, maillets, ciseaux en cuivre, leviers en bois, traîneaux et systèmes de rampes
  • À Hatnub, une rampe de carrière datée de l'époque de Khéops montre qu’on savait organiser la traction de charges lourdes sur de fortes pentes. Certes, cela ne montre pas le plan complet d’une pyramide, mais ça contredit l’idée d’une civilisation techniquement “incapable”

Le Journal de Merer est une preuve directe de cette logistique. Daté de la fin du règne de Khéops, ce document administratif décrit le travail d'une équipe chargée de transporter par bateau du calcaire des carrières de Tourah jusqu'au chantier de la pyramide. 

Les fouilles ont aussi mis au jour un vaste lieu de vie des travailleurs du chantier : stockages, boulangeries, espaces administratifs, logements. On retrouve donc les traces matérielles d'une organisation humaine directement en lien avec un chantier de grande ampleur.

Il faut aussi remettre le Nil dans le paysage de l'époque : des bras aujourd'hui disparus arrivaient bien plus près des complexes pyramidaux qu'aujourd'hui. Le transport fluvial des matériaux et des hommes est donc cohérent avec les données archéologiques, les textes et la géographie du moment.

Ce qu'on ignore encore

Il existe bien des points discutés à propos de la construction de cette pyramide : 

  • le système d’élévation des blocs, le type de rampe précis
  • la logistique et la gestion du temps, des estimations sont encore discutées (temps de et rythme de construction, nombre d’ouvriers)

Ce sont de vraies questions. Mais elles portent surtout sur le détail du “comment”, et non du “qui”.

Elles ne masquent pas ce qui est déjà validé : les carrières, les outils, les traces de travail, les infrastructures, les équipes, le transport du calcaire, l'environnement fluvial et le contexte historique convergent vers une construction par les sociétés égyptiennes de l'Ancien Empire.

CE QU'IL FAUT RETENIR

Le discours suit une progression assez habile : il part de phénomènes physiques bien réels, s’appuie sur un phénomène spectaculaire mais mal interprété comme la photographie Kirlian, puis utilise ce que la science ne sait pas encore pour laisser la porte ouverte à d’autres « énergies ». De plus, le vocabulaire de la physique est détourné pour décrire des concepts spirituels qui ne correspondent pas aux connaissances établies.


Or, les connaissances actuelles suffisent déjà à expliquer une grande partie du fonctionnement du corps humain sans avoir besoin d’ajouter une énergie ou un mécanisme supplémentaire non démontré. Et même si la nature exacte d’une telle énergie restait inconnue, ses effets devraient pouvoir être observés de façon fiable lors de tests contrôlés. Jusqu’ici, ce n’est pas le cas.


Pris séparément, chaque élément peut sembler plausible. Mais leur enchaînement ne constitue pas une démonstration.

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