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On avale 8 araignées par an

Affirmation éclairée

Il paraît qu’on avale 8 araignées par an en dormant

Solidité de l'affirmation
0/4
FAUSSE

Publié le

L'essentiel

En bref

Les araignées détectent les vibrations d’un dormeur et n’ont aucune raison de s’en approcher. Notre bouche n’est pas un milieu attirant.

Aucun cas prouvé ni méthode de mesure ne permet d’établir une fréquence : le chiffre « 8 » n’a aucune origine fiable.

Le mythe paraît crédible parce qu’il associe un scénario intuitif à un chiffre précis, donnant une fausse impression de mesure.

Peur, dégoût, réseaux sociaux et reprises par des sources reconnues ont facilité sa mémorisation et sa diffusion.

Un accident isolé reste possible, mais il serait rare

Solidité de l'affirmation
0/4
FAUSSE

L'idée à retenir

L’idée fonctionne parce qu’elle touche une peur très concrète, alors que la biologie des araignées et du sommeil va dans le sens inverse.

En bref

Les araignées détectent les vibrations d’un dormeur et n’ont aucune raison de s’en approcher. Notre bouche n’est pas un milieu attirant.

Aucun cas prouvé ni méthode de mesure ne permet d’établir une fréquence : le chiffre « 8 » n’a aucune origine fiable.

Le mythe paraît crédible parce qu’il associe un scénario intuitif à un chiffre précis, donnant une fausse impression de mesure.

Peur, dégoût, réseaux sociaux et reprises par des sources reconnues ont facilité sa mémorisation et sa diffusion.

Un accident isolé reste possible, mais il serait rare

L'idée à retenir

L’idée fonctionne parce qu’elle touche une peur très concrète, alors que la biologie des araignées et du sommeil va dans le sens inverse.

Sous la lumière

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Promesse ou affirmation

L’affirmation circule sous plusieurs formes : « on avale 8 araignées par an en dormant » ou encore « 20 araignées dans sa vie ».

La version la plus connue affirme qu’on avale régulièrement des araignées pendant son sommeil, sans s’en rendre compte.Elle suppose donc trois choses : que les araignées entrent souvent dans la bouche des dormeurs, que la personne ne se réveille pas, et que ce phénomène serait assez fréquent pour former une moyenne.

C’est surtout ce dernier point qui pose problème. Un accident très rare ne devient pas une statistique annuelle simplement parce qu’un chiffre est souvent répété.

Provenance

La trace écrite la plus ancienne renvoie à un article humoristique publié en avril 1992 dans le magazine étudiant Cornell Engineer. La formulation était alors différente : une personne avalerait 8 araignées « dans sa vie », et non « par an ». Le contexte n’était pas scientifique. L’article listait des idées anxiogènes pour empêcher de dormir.

Une autre histoire a ensuite beaucoup circulé : celle d’un article de 1993 signé « Lisa Birgit Holst », publié dans un supposé magazine PC Professional. Selon cette version, l’autrice aurait inventé la statistique pour montrer que les internautes relaient facilement des faits non vérifiés.

Problème : ni Lisa Birgit Holst ni le magazine PC Professional n’existent. En 2021, David Mikkelson, fondateur de Snopes (site américain de vérification des faits), a reconnu que ce nom était un anagramme volontaire de « This is a Big Troll ». Le canular avait été conçu comme une blague méta-ironique sur la crédulité en ligne.

Le résultat est assez ironique : une explication inventée pour dénoncer la crédulité a fini par être reprise comme la véritable origine du mythe.

La croyance s’est ensuite diffusée par les chaînes d’e-mails, les forums, les réseaux sociaux et certains articles de vulgarisation. Au fil des reprises, « 8 araignées dans une vie » est devenu « 8 araignées par an ». Le chiffre est resté, mais son sens a changé.

Preuves

Le Burke Museum of Natural History and Culture, rattaché à l’Université de Washington, indique qu’aucun cas prouvé de personne ayant avalé une araignée dans son sommeil n’est connu. Son arachnologue, Rod Crawford, rappelle que les araignées n’ont aucune raison de s’approcher volontairement d’un humain endormi.

Plusieurs éléments biologiques rendent ce scénario peu probable.

Les araignées détectent finement les vibrations. Elles possèdent notamment des poils sensoriels, appelés trichobothries, qui leur permettent de percevoir les mouvements de l’air et du support. Un humain endormi produit justement des signaux : respiration, mouvements, battements, parfois ronflements. Pour une araignée, c’est une alerte, et non une invitation à s’en approcher.

La bouche d’un dormeur n’est pas non plus un milieu attirant pour une araignée. C’est une cavité chaude, humide et riche en CO₂. Ce n’est ni une proie, ni un abri normal, ni un partenaire reproducteur.

Du côté humain, le scénario tient mal aussi. La plupart des gens dorment la bouche fermée. Lorsqu’elle est ouverte, la respiration crée de petits mouvements d’air. Une araignée sur le visage provoquerait souvent une sensation suffisante pour réveiller la personne. Avaler un objet solide en position allongée n’est pas non plus un geste discret ou automatique.

Un accident reste possible dans l’absolu. Mais rien ne permet d’en tirer une moyenne, encore moins une moyenne annuelle. Sans cas documentés ni méthode de mesure, le chiffre de 8 n’a aucune valeur scientifique.

Pourquoi cela paraît crédible ?

Pièges d’interprétation

Plausibilité de surface : l’idée paraît possible au premier regard. Les araignées existent dans les maisons, certaines sont actives la nuit, les humains dorment, et une bouche peut être ouverte. Cette chaîne suffit à donner une impression de logique. Elle oublie pourtant le comportement réel des araignées et les réactions du corps humain.

Pseudo-précision numérique : le chiffre « 8 » donne une impression de mesure. Un nombre précis fait penser à une étude ou à une statistique. Ici, aucune donnée fiable ne justifie ce chiffre.

Biais de négativité : les informations dégoûtantes ou menaçantes se retiennent mieux que les informations neutres. L’idée d’une araignée entrant dans la bouche pendant le sommeil touche directement à la peur, au dégoût et à la perte de contrôle.

Arachnophobie : la peur des araignées est fréquente. L’affirmation active donc une peur déjà présente chez beaucoup de personnes. Même si elle est fausse, elle « colle » facilement à la mémoire.

Facteurs extérieurs

Chaînes d’e-mails et réseaux sociaux : Ce mythe a tout pour circuler : il est court, inquiétant et facile à répéter. Il fonctionne presque comme une blague qui met mal à l’aise.

Citation circulaire : certaines sources ont repris l’explication Snopes sans vérifier l’existence de Lisa Birgit Holst ou du magazine cité. Une source secondaire reconnue peut alors donner du poids à une information mal vérifiée.

Culture des légendes urbaines : les légendes qui impliquent une menace corporelle se transmettent bien. Elles provoquent une réaction immédiate : surprise, dégoût, peur, envie de prévenir les autres. Cette dynamique suffit souvent à faire vivre une histoire, même sans preuve.

Aller plus loin

Fiche mémo

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Comment interroger l'affirmation ?

Les questions qui suivent n’ont pas vocation à apporter des réponses, mais à ouvrir des pistes de réflexion. Elles invitent à examiner cette affirmation sous différents angles et à se forger une opinion éclairée.

  • Le comportement connu des araignées rend-il probable qu’elles s’approchent volontairement du visage d’une personne endormie ?
  • Si ce phénomène était fréquent, quelles traces ou quels cas documentés devrait-on s’attendre à retrouver ?
  • Pourquoi un chiffre précis peut-il paraître crédible même lorsqu’on ignore comment il a été obtenu ?

N’hésitez pas à vous en poser d’autres : c’est souvent en multipliant les points de vue que l’on évalue une affirmation avec le plus de rigueur.

Sources et références

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Sources primaires

Mythe des araignées avalées pendant le sommeil :
Rod Crawford, Burke Museum of Natural History and Culture / University of Washington, « Myth: You swallow spiders in your sleep », 2010 : https://www.burkemuseum.org/collections-and-research/biology/arachnology-and-entomology/spider-myths/myth-you-swallow-spiders

Mécanorécepteurs des araignées :
Friedrich G. Barth, Current Opinion in Neurobiology, « Spider mechanoreceptors », 2004 : https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0959438804001011

Poils sensoriels et détection des mouvements d’air :
PubMed Central, « Response of cricket and spider motion-sensing hairs to airflow pulsations », 2009 : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC2827445/

Prévalence de la peur des araignées :
PMC / PubMed Central, « Measuring fear evoked by the scariest animal: Czech versions of Spider Questionnaire and Fear of Spiders Questionnaire », 2022 : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC8740501/

Sources secondaires

Analyse fact-checking du mythe :
Annie Sneed, Scientific American, « Fact or Fiction? People Swallow 8 Spiders a Year While They Sleep », 2014 : https://www.scientificamerican.com/article/fact-or-fiction-people-swallow-8-spiders-a-year-while-they-sleep1/

Vérification journalistique :
BBC News, « Do people really swallow spiders in their sleep? », 2023 : https://www.bbc.com/news/uk-england-beds-bucks-herts-66319172

Entretien avec une arachnologue :
TF1info, « VÉRIF’ – On avale des araignées la nuit », 2025 : https://www.tf1info.fr/sciences-et-innovation/verif-ces-rumeurs-qui-ont-la-vie-dure-on-avale-des-araignees-la-nuit-2386452.html

Origine du mythe et anagramme Snopes :
LEMMiNO, « The Eight Spiders », 2021 : https://www.lemmi.no/p/the-eight-spiders

Recoupement sur l’origine et la trace Cornell Engineer :
Mimikama.org, « Guten Appetit! Essen wir wirklich 8 Spinnen im Jahr? », 2022 : https://www.mimikama.org/8-spinnen-im-jahr/

Transmission des légendes urbaines :
Trevor J. Blank, Folklore Forum, « Examining the Transmission of Urban Legends: Making the Case for Folklore Fieldwork on the Internet », 2007 : https://scholarworks.iu.edu/dspace/items/02875652-c54f-4256-81e2-35aca6936a67

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